Comment Psya accompagne les personnes à risque suicidaire ?

Le centre d’écoute psychologique de Psya offre à ses bénéficiaires la possibilité d’échanger avec un psychologue par téléphone. Ce moyen de communication offre plusieurs avantages à l’appelant : pas de déplacement, prise en charge immédiate, pas de rendez-vous obligatoire. Cette facilité d’accès permet au centre d’écoute psychologique de gérer plus de 30 000 appels entrants chaque année et des problématiques multiples - burn out, difficultés relationnelles, difficultés face au changement, troubles dépressifs, deuil, psycho-traumatisme, stress et anxiété - qui revêtent parfois un caractère d’urgence - crise d’angoisse, crise suicidaire. C’est au repérage des idées suicidaires, à la prévention et la gestion de la crise suicidaire que s’intéresse cet article.

Des idées noires à la crise suicidaire

Le suicide est l’action de se donner volontairement la mort. Il relève d’un ensemble d’actions nommées « conduites suicidaires » : idées noires, idées suicidaires, crise suicidaire, tentative de suicide, suicide. Ces conduites font partie d’un processus dynamique : de la recherche de solutions à l’apparition d’idées suicidaires, jusqu’à leur fixation pouvant mener au passage à l’acte.
Le processus suicidaire, qui est souvent multifactoriel, à durée et d’intensité variables selon les personnes, peut se décliner sous 3 états :

  • L’état d’équilibre : la personne gère les difficultés qu’elle traverse. Les idées suicidaires ne sont pas ou peu présentes.
  • L’état de vulnérabilité : la personne commence à se sentir submergée par ses difficultés. Les idées suicidaires peuvent prendre de plus en plus d’importance.
  • L’état de crise suicidaire : la douleur psychique devient insurmontable et déborde les ressources personnelles. Ici, la souffrance prend une place telle chez la personne, qu’elle la paralyse dans sa recherche de solution et lui procure une sensation d’inconfort extrême et de rupture avec ses attachements de base. Le suicide est alors envisagé comme un soulagement, comme une solution pour mettre fin à la souffrance. La personne peut alors se mettre à la recherche de moyens pour se donner la mort (cela peut prendre du temps ou au contraire être très bref) avant son passage à l’acte.

  

Quelles prises en charge par les psychologues Psya ?

Les idées suicidaires peuvent être reliées à de nombreuses problématiques personnelles et professionnelles. Lors d’un suivi, le psychologue cherche à identifier les facteurs de risques :

  • isolement social,
  • antécédents suicidaires,
  • perte ou séparation récente,
  • traumatisme récent,
  • situation de conflit,
  • troubles psychiatriques,
  • précarité économique, sociale et sanitaire,
  • antécédents de violences,
  • structure familiale, sociale, professionnelle défaillante,
  • événements de vie négatifs,
  • personne jeune ou âgée,
  • etc.

Il recherche également les signaux d’alerte :

  • changement brutal dans les comportements/habitudes,
  • mal-être brutal,
  • accalmie ou excitation soudaine,
  • prises de risques,
  • consommations d’alcool/toxiques,
  • désinvestissement des activités,
  • comportements de « départ »,
  • intérêt inhabituel pour la mort,
  • etc.

Lorsque la situation le nécessite, le psychologue agit en prévention auprès de l’appelant. Il s’appuie sur une verbalisation des idées noires de la personne en lien avec son état de vulnérabilité. Il lui propose une prise en charge téléphonique ou en face à face et lui laisse des numéros d’urgence en cas de prochaine crise suicidaire (SAMU, Suicide Ecoute, SOS Détresse, etc.). Contrairement à ce que l’on pense, parler du suicide ne favorise pas le passage à l’acte. Cela peut en revanche avoir un impact sécurisant pour la personne présentant des idées suicidaires.
Par ailleurs, il est fréquent qu’un bénéficiaire en état de crise suicidaire, souvent lors d’un premier appel, manifeste une détresse importante, accompagnée d’émotions fortes qui rendent difficile sa prise de recul. Un travail d’apaisement par le psychologue est alors nécessaire. Après avoir amorcé la discussion en verbalisant son inquiétude et son intention d’aide, et tout en adoptant une attitude posée et calme (l’effet miroir de l’agitation peut accentuer la détresse), le psychologue peut inviter la personne à exprimer ses émotions, en reconnaissant et légitimant ses idées suicidaires au vu de sa souffrance importante.

En parallèle, le psychologue clinicien procède à une évaluation spécifique de la crise pour déterminer le niveau de risque suicidaire. Il évalue :

  • le niveau d’urgence en suivant le protocole COQ - Comment, Où et Quand la personne compte mettre fin à ses jours ? A-t-elle pensé à plusieurs moyens/lieux/moments ?
  • le niveau d‘intention suicidaire - quels sont les facteurs qui ont précipité la crise suicidaire ? Quelle est l’intensité des idées suicidaires sur une échelle de 1 à 5 ? Existe-t-il des éléments pouvant être des freins au suicide ? Si oui, quelle est l’intensité de ces freins sur une échelle de 1 à 5 ?

En fonction de l’état psychologique de la personne et de sa capacité à verbaliser sa problématique, le psychologue peut également évaluer les facteurs de risques alarmants :

  • la personne est-elle isolée ?
  • quel est son niveau de détresse ?
  • a-t-elle consommé ou compte-t-elle consommer des substances psychotropes ?
  • a-t-elle déjà tenté de mettre fin à ses jours dans sa vie ?
  • si oui, sa tentative de suicide est-elle récente ?

Il relève également les facteurs de risques moins prédictifs et les facteurs de protection : soutien social, capacité à se projeter dans le futur, agilité à résoudre les problèmes, etc.

Enfin, sans chercher à trouver de solution immédiate, le psychologue procède au désamorçage de l’intention suicidaire. Il peut amener le patient à identifier les aspects positifs de sa vie et ses potentiels freins au suicide, mettant ainsi en lumière l’ambivalence du patient à se donner la mort.

Le psychologue peut aussi aider la personne à se recentrer sur l’identification de ses besoins immédiats, et de ses ressources disponibles, pour y répondre, dans « l’ici et maintenant ».

Il arrive que le niveau d’urgence soit tel que la mise en sécurité de la personne est primordiale. Cette dernière est invitée à rejoindre une personne de confiance (amis, famille, médecin, psychiatre, etc.) ou se rendre dans un service d’urgence (si possible en étant accompagné de quelqu’un). Si le patient refuse l’une de ces 2 solutions, le psychologue formule l’obligation légale d’assistance à personne en danger et contacte les secours pour une prise en charge médicalisée.

Ainsi, sur le Centre d’Ecoute Psychologique de Psya, la clinique du suicide relève essentiellement de la prévention du suicide et la prise en charge de crises suicidaires. Pour accompagner au mieux nos bénéficiaires, les psychologues de Psya sont tous sensibilisés aux pratiques métiers bien spécifiques à cette problématique.

 

 

Antoine Lechartier, Psychologue clinicien

 
 
 
 
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