Pourquoi, comment et jusqu'où l'entreprise peut-elle jouer un rôle dans l'accompagnement préventif de la santé et de la QVT des salariés ?

En 15 ans, un changement de paradigme dans le rapport au travail s’est opéré et la manière d’écrire l’histoire des RPS a évolué. L’approche des RPS est ainsi passée d’une logique réactive par rapport à un risque identifié, avéré à une logique proactive de promotion de pratiques vertueuses.

En effet, de risques professionnels nous sommes passés à une obligation d’évaluation des RPS, puis a été introduite progressivement la notion de santé mentale en lien avec le travail.

S’en sont suivi les négociations sur le stress et l’ANI 2013 a alors mis en lumière les notions de Qualité de Vie au Travail et de bien-être au travail. Plus récemment, se sont renforcées les préoccupations en lien avec la QVT et l’égalité professionnelle entre hommes et femmes avec la loi relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels.

Aujourd’hui, les entreprises semblent passer à la vitesse supérieure en s’engageant sur le champ nouveau de la Qualité de Vie au Travail.

Qu’est-ce que la Qualité de Vie au Travail ?

Elle est à la croisée des chemins entre responsabilité individuelle et responsabilité collective. Au niveau collectif, elle relève de dimensions objectives telles les conditions et organisation du travail, les relations sociales, la préservation de la santé et de la sécurité des individus, les conditions permettant la conciliation avec la vie personnelle, les possibilités de réalisation et de développement professionnel,...

Au niveau individuel, elle relève de la perception d’un individu face à ses conditions de travail, en lien avec les autres sphères de sa vie et son histoire personnelle. L’amélioration de la QVT implique d’explorer et d’agir sur ces deux dimensions.

Qu’est-ce que le bien-être au travail ?

Le bien-être au travail est une notion qui s’intéresse à la personne, à sa santé, à son épanouissement. Elle renvoie au mieux-vivre au travail et à toutes les dimensions de la vie.

Quels changements sociétaux favorisent ce changement de paradigme ?

Tout d’abord, on peut parler de la féminisation du monde économique ; En effet on compte 50% de femmes actives dans les pays occidentaux qui jouent un rôle croissant sur la consommation et orientent l’offre du marché vers une demande de prestations de soutien et de soin au sens large. Cette féminisation amène à promouvoir la politique du CARE qui est le fait de « prendre soin globalement de la personne ». Ce « CARE » amène à proposer un accompagnement global, dans le respect de l’autonomie. Ensuite, quatre générations se côtoient, avec des rapports au travail hétérogènes, mais reliées par les notions d’équilibre des temps de vie, de sens et de reconnaissance ; Mais ce sont les générations les plus jeunes qui impulsent le plus cette dynamique nouvelle. Les générations Y et Z privilégient les organisations où il est possible d’être reconnu dans son individualité, elles fonctionnent par plaisir et leur équilibre de vie devient primordial. Dans les 10 prochaines années, les générations Y et Z composeront 60% de la population active des pays occidentaux, ce qui implique pour les entreprises d’aller vers une modularité de l’organisation, compatible avec l’équation individuelle de chaque collaborateur.

Comment identifier les nouveaux besoins en accompagnement que l’entreprise peut proposer ?

Pour cela, l’entreprise doit considérer l’individu par le prisme de son écologie personnelle pour lui offrir des services soutenants adéquats qui tiennent compte des évolutions technologiques et qui englobent son environnement professionnel, son environnement numérique, sa sphère corporelle (hygiène de vie, santé sommeil, nutrition, exercice physique), sa sphère affective, sa sphère culturelle et sa sphère éthique.

Comment accompagner et quelles actions entreprendre ?

Bien entendu, compte-tenu des changements sociétaux et comme chaque entreprise est différente, les actions possibles sont donc à géométrie variable. C’est ici tout l’enjeu d’être accompagné par un cabinet conseil car la démarche préventive doit se traduire entreprise par entreprise. Celui-ci s’aura proposer un plan d’action sur-mesure et décliner progressivement et avec discernement les mesures en faveur d’un meilleur équilibre de vie en fonction du contexte socio-économique, des attentes des salariés, de la culture d’entreprise et de la zone d’acceptabilité de ses dirigeants. Cette orientation induit une démarche en lien avec le concept scandinave de Travail soutenable, qui répond à trois conditions :

• Biocompatible, qui préserve la cohérence entre le salarié et son poste au niveau des aptitudes, des capacités d’adaptation et du niveau d’autonomie.

• Ergo-compatible, qui assure les conditions techniques propices à un travail efficient.

• Socio-compatible, qui est favorable à l’épanouissement dans les différentes sphères familiale et sociale, à la maitrise d’un projet de vie.

Une véritable politique QVT et QV se construit progressivement, elle doit s’inscrire dans la durée et dans un contexte général suffisamment sécure.

 

Sophie COT-RASCOL

Responsable Accompagnement Psychologique, Social et Aide à Distance, Psya